Découvrir · Comprendre le Kyokushin
Pourquoi combat-on ainsi en Kyokushin ?
Regardez un combat knockdown juste après un combat de boxe, et les différences sautent aux yeux : mains basses, deux combattants plantés l'un devant l'autre qui s'échangent des coups au corps, presque aucune esquive du buste. On dirait de mauvaises habitudes. Ce n'en sont pas : c'est exactement ce que ce règlement récompense. Voici pourquoi, conséquence par conséquence.
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§01 Tout part d'une règle
Dans le règlement de compétition de la WKO, frapper le visage ou le cou de l'adversaire avec la main ou le coude est une faute. Les feintes au visage restent permises, et les coups de pied à la tête aussi : la règle ferme la ligne haute aux mains, pas aux pieds. Pourquoi Oyama a fait ce choix est raconté sur sa propre page ; ici, on regarde ce que cette seule ligne fait à la manière de combattre.
C'est vrai de tous les sports de combat : un combattant se construit autour de ce qui fait gagner et de ce qui fait mal. Changez le barème, et la silhouette du combattant change avec lui. C'est pourquoi les mêmes techniques de base donnent des combats si différents d'un règlement à l'autre.
§02 Conséquence 1 : on combat de près
Si personne ne peut vous frapper au visage avec les poings, les mains ne deviennent dangereuses qu'à la distance du corps. Rester loin ne rapporte rien ; entrer rapporte beaucoup. Les deux combattants le savent, alors les deux avancent, et l'échange se joue de près.
Les coups de pied le montrent mieux que tout. Un pratiquant, passé ensuite au kickboxing, raconte qu'en Kyokushin il plaçait des coups de pied à la tête à distance de coude : une distance où bien des combattants d'autres styles ne songeraient même pas à lever la jambe. Ce n'était pas un choix. La longue distance, celle où les coups de pied sont censés se donner, ne faisait tout simplement pas partie de ses combats.
§03 Conséquence 2 : la garde descend
Les mains descendent parce que les coups arrivent aux côtes, au foie et au plexus. Une garde haute de boxeur protégerait une zone que personne n'a le droit de frapper aux poings, et laisserait ouverte celle que tout le monde vise.
Un pratiquant ceinture noire de Kyokushin parle, à propos de son propre style et sans détour, d'une « habitude indésirable ». Il faut garder les deux moitiés de ce jugement : cette garde est logique à l'intérieur du règlement, et pénalisante dès qu'on en sort. Laquelle compte le plus, les pratiquants n'en tombent pas d'accord, et cette page ne tranchera pas à leur place.
§04 Conséquence 3 : on travaille au corps, et dans les jambes
Une simple touche ne rapporte rien. Dans le règlement de la WKO, une technique ne vaut ippon que si elle met l'adversaire au sol plus de trois secondes, ou lui enlève la volonté de combattre aussi longtemps. Une frappe légère, même d'une précision parfaite, ne compte pas. Le barème ne récompense donc pas la précision pour elle-même : il récompense l'effet.
Et l'effet s'accumule : des coups de poing au corps qui s'additionnent au fil du combat, des coups de pied bas qui, l'un après l'autre, retirent une jambe à l'adversaire. C'est de là que vient la puissance des low kicks. Le style se construit autour de dégâts dans la durée plutôt qu'autour d'un seul coup propre.
§05 Conséquence 4 : on avance, parce que le chronomètre le récompense
Dans le règlement de la WKO, les combats masculins durent deux à trois minutes, avec prolongations. Quand personne n'a été arrêté à la fin du temps, ce sont les juges qui décident. Reculer pendant tout un combat ne leur donne aucune raison de vous choisir.
Mettez ensemble le barème et le chronomètre : le règlement favorise nettement le combattant capable de continuer à prendre du terrain. La philosophie du dojo et le tempérament de chacun jouent aussi leur rôle, mais l'incitation est déjà dans le format : reculer rapporte peu.
§06 Ce qui empêche le combat de tourner à la bagarre
Deux armes légales gardent le combat ouvert. La première, c'est le coup de pied à la tête. Dans le règlement de la WKO, s'il met l'adversaire au sol plus de trois secondes, il vaut ippon comme toute autre technique. Celui qui avance les mains à hauteur des côtes avance donc vers la seule arme capable de finir le combat d'un coup : la pression n'est jamais gratuite.
La seconde, c'est le balayage, l'ashi-barai. Saisir et projeter sont des fautes, mais dans le même règlement, un coup de poing descendant bien synchronisé après un balayage vaut waza-ari. Le balayage lui-même ne marque pas ; il rend possible le coup qui marque. Dans un combat où les deux adversaires passent l'essentiel du temps de près, le poids vers l'avant, il punit exactement la posture que tout le reste encourage. Ce qu'est devenu le grappling en Kyokushin a sa propre page.
Le combat de Kyokushin est donc plus étroit que la boxe sur un point, et plus large sur un autre : aucun coup de poing à la tête, mais des jambes qui travaillent à toutes les hauteurs, jusqu'aux appuis.
§07 Ce qui change quand les poings au visage sont permis
Les pratiquants qui s'entraînent aussi ailleurs décrivent l'adaptation en termes très physiques : la position change, les mains remontent, la distance s'allonge, et le travail de la tête (esquiver, sortir de la ligne) est à construire à partir de rien. Ce n'est pas l'aveu que leurs habitudes étaient absurdes. La menace a changé, donc la bonne réponse aussi.
C'est aussi, formulée honnêtement, la critique qu'on adresse au Kyokushin de l'extérieur : son kumite donnerait des habitudes qui ne résistent pas à un jab. Dans ses limites, la critique est juste. Ce qu'elle ne démontre pas, c'est qu'un règlement qui permet un contact plein au corps plusieurs fois par semaine, pendant des années, ait fait le mauvais choix. Nous détaillons ce débat dans Le Kyokushin est-il vraiment efficace ?, où les trois positions que défendent les pratiquants sont présentées côte à côte.
§08 Avant de commencer : ce qu'il faut retenir
On prend les habitudes du règlement sous lequel on combat. Ce n'est pas un défaut propre au Kyokushin : c'est vrai de tous les sports de combat, et c'est la chose la plus utile à savoir avant d'en choisir un. Si la question compte pour vous, demandez au dojo s'il lui arrive de s'entraîner hors du cadre de la compétition. Certains le font, d'autres non : rien n'est uniforme d'un club à l'autre.
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