Découvrir · Comprendre le Kyokushin
Le Kyokushin est-il aussi dur qu'on le dit ?
Le Kyokushin a une réputation, et les réputations aplatissent tout. Démonté, le mot « dur » désigne au moins six qualités distinctes, que le style développe très inégalement. Voici, une par une, où la réputation tient et où elle va trop loin.
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§01 La réponse la plus honnête
À qui lui demandait si les pratiquants de Kyokushin sont vraiment plus endurcis que les autres, un pratiquant a répondu en parlant de lui-même, pas du style. Il se disait meilleur que bien des karatékas pour encaisser des coups au corps et pour s'entraîner sans protège-tibias, puis il a ajouté aussitôt qu'un boxeur ou un nak muay d'expérience comparable le devancerait sur d'autres plans.
Tout est là, et le reste de cette page ne fait que le développer : on s'endurcit à ce contre quoi on s'entraîne. La dureté n'est pas une réserve générale qu'on accumule et qu'on emporte partout.
§02 Dur au corps : là où la réputation tient
C'est le sens où la réputation est la mieux fondée. Les coups de poing au corps en kumite régulier, le renforcement abdominal à deux (hara-uchi) et des rounds plusieurs fois par semaine produisent une adaptation réelle, et très précise. Ceux qui arrivent d'autres styles la remarquent tout de suite, et le disent volontiers.
Encore faut-il en poser la limite, parce que la version internet s'emballe vite : le conditionnement est une adaptation, pas une armure. Il repousse le seuil à partir duquel un coup au corps vous empêche de continuer. Il ne rend personne insensible, et un dojo qui laisse entendre le contraire vous vend quelque chose.
§03 Dur aux tibias : ce que dit la médecine
Les coups de pied bas font partie du format, et certains pratiquants décrivent un entraînement sans protège-tibias. Le mécanisme est moins bien compris que ne le laisse croire la légende ; voici où passe la ligne.
Nous n'avons trouvé aucune preuve clinique solide en faveur du conditionnement des tibias par impact pour renforcer l'os. L'idée que frapper des objets durs « endurcit » le tibia circule chez les vendeurs de matériel et sur les blogues de salle, pas dans la littérature médicale, tout comme l'histoire des microfractures qui durciraient l'os. Ce qui est établi en médecine du sport, c'est que l'os s'adapte à une charge mécanique progressive, et qu'un tibia surchargé produit des pathologies connues : périostite tibiale, syndrome de stress tibial médial, fracture de fatigue. Une charge progressive et encadrée se défend ; frapper un objet dur pour aller plus vite, non.
§04 Dur à l'effort : tenir quand on est fatigué
Le volume se sent vite. Des pratiquants décrivent, dans leur propre dojo, de l'ordre de 270 coups de pied rien que pour la séquence de jambes, une centaine de flexions ou davantage, du gainage à deux, puis des rounds de kumite. Un quadragénaire passé par le Muay Thai raconte qu'il était à bout après deux rounds d'une minute trente : un homme visiblement en forme, face à une fatigue pour laquelle il ne s'était pas entraîné.
C'est le point à retenir. Les pratiquants de Kyokushin n'ont pas plus d'endurance que les autres athlètes de combat : ce format sollicite une combinaison précise (les jambes, le tronc, et le fait de rester planté devant quelqu'un en encaissant), et le corps s'adapte à ce qu'on lui demande.
§05 Dur au combat : continuer après avoir été touché
Le règlement rend cette qualité concrète. Dans le règlement de la WKO, une simple touche ne rapporte rien : une technique ne vaut ippon que si elle met l'adversaire au sol plus de trois secondes, ou lui enlève la volonté de combattre aussi longtemps. Les combats masculins durent deux à trois minutes, avec prolongations, et si personne n'est arrêté, ce sont les juges qui décident. Celui qui encaisse un lourd coup au corps et continue de travailler ne fait pas preuve de stoïcisme : il fait exactement ce que le format récompense.
La mesure la plus parlante de ce que le style peut exiger vient d'un passage de grade, et elle vient d'ici. Lors d'un examen de dan de la WKO tenu à Greenfield Park, sur la Rive-Sud, en décembre 2024, les candidats ont enchaîné 15 combats consécutifs pour le 1er dan, 20 pour le 2e et 30 pour le 3e. Ce n'est pas une image sur le mental : c'est un chiffre.
§06 Encaisser n'est pas une défense
Ce sens-là mérite d'être mis à part, parce que c'est là que la réputation peut induire en erreur.
Être conditionné à absorber des coups au corps n'est pas une stratégie défensive. Un combattant qui encaisse parce qu'il ne sait pas esquiver perd l'échange, même s'il a l'air solide. En compétition, où les dégâts sont encadrés par des règles, des catégories de poids et un arbitre, ce choix peut encore se défendre. En dehors, c'est un mauvais pari, et c'est pourquoi nous traitons la résistance et la défense séparément, dans le Kyokushin pour se défendre.
§07 Là où la réputation va trop loin
Deux corrections, venues de pratiquants plutôt que de détracteurs.
Il n'y a pas de « physique Kyokushin ». Interrogés sur l'allure des pratiquants, les gens du style décrivent toutes les carrures possibles, et rejettent l'image de la ceinture noire massive et invulnérable. Ce qui fait la différence, c'est l'expérience et le contact régulier, pas un type de corps.
Le regard extérieur est partagé, et c'est plus intéressant qu'il n'y paraît. Des pratiquants d'autres disciplines respectent le Kyokushin parce qu'il met sa technique à l'épreuve, et décrivent pourtant son combat comme un échange frontal. Ces deux avis ne se contredisent pas : c'est la même observation, vue sous deux angles.
§08 Quel style forme les plus endurcis ?
Personne ne l'a mesuré, et la question est peut-être mal posée. Un judoka est habitué à être projeté encore et encore par quelqu'un qui résiste. Un lutteur connaît une fatigue que le Kyokushin ne produit pas. Un boxeur a l'habitude de voir des mains arriver vers son visage, ce qui est justement ce à quoi un pratiquant de Kyokushin n'est pas habitué.
La bonne question, celle qui aide vraiment à choisir, n'est pas de savoir quel style forme les gens les plus durs. C'est de savoir à quel type de pression vous voulez vous habituer.
§09 Commencer à l'Île-des-Sœurs, sans être déjà endurci
Inutile d'être déjà endurci pour commencer : personne ne vous le demande. Au dojo de l'Île-des-Sœurs, les adultes débutants sont bienvenus, sans expérience ni forme physique particulière, et un débutant n'y commence pas par un round dur. Pour qui vient de Brossard ou d'ailleurs sur la Rive-Sud, le REM s'arrête à la station Île-des-Sœurs, et le dojo est au 550, chemin du Golf, avec stationnement gratuit devant le bâtiment.
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