Découvrir · Comprendre le Kyokushin
Le Kyokushin est-il vraiment efficace ?
« Efficace » recouvre au moins quatre questions différentes. Le Kyokushin répond bien à certaines, mal à une autre — et ceux qui le pratiquent sont en général les premiers à le dire. Voici lesquelles, sans détour.
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§01 Efficace pour quoi, exactement ?
Posez la question à une salle pleine de pratiquants d'arts martiaux, et le débat démarre aussitôt : chacun répond à une question différente. Gagner un tournoi knockdown. Se mettre en forme. Faire face à une confrontation physique. Servir de base à un autre sport de combat. Ce sont quatre questions, avec quatre réponses, et c'est en les mélangeant qu'on nourrit les débats sans fin en ligne.
La confrontation physique mérite une page à elle seule : le Kyokushin pour se défendre. Ici, on parle du reste.
§02 Ce que l'entraînement construit, cours après cours
Quatre choses reviennent sans cesse dans les récits de pratiquants, y compris chez ceux qui ont fini par changer de style.
Frapper face à quelqu'un qui résiste. Pas seulement aux pattes d'ours, pas avec un partenaire qui se laisse faire : frapper et être frappé par quelqu'un qui en fait autant, régulièrement, et tôt dans la pratique. Un pratiquant raconte avoir fait plus de kumite pendant son premier mois de Kyokushin qu'en plusieurs années dans son style précédent.
Le travail au corps, à pleine puissance. Le règlement de la WKO ne prévoit aucune protection des mains, et les coups de poing au corps y sont portés pour de vrai. Bien des arts de frappe gantent la main ou retiennent ce coup-là. Le Kyokushin en fait une compétence à part entière, et une tolérance tout aussi précise.
Les coups de pied bas, et les coups de pied de très près. Comme le règlement pousse les combattants à se rapprocher, ils apprennent à frapper du pied depuis des positions que d'autres jugeraient impossibles. Un pratiquant passé au kickboxing raconte qu'il plaçait des coups de pied à la tête à distance de coude : une habitude qu'il a dû désapprendre, puis réapprendre comme une option parmi d'autres.
Le sang-froid et le rebond. Le même pratiquant résume ce que le Kyokushin lui a vraiment donné : du rythme, de l'équilibre, et la capacité de se reprendre après un coup de pied manqué sans que tout s'écroule. Rien de spectaculaire, et c'est souvent en allant s'entraîner ailleurs qu'on s'en rend compte.
§03 La lacune que tout le monde nomme
Il y en a une, toujours la même, et c'est un pratiquant, pas un détracteur, qui la décrit le mieux. Le problème de l'interdiction des coups de poing au visage, dit-il, n'est pas la peur d'être frappé. C'est la distance : on se tient là où un boxeur vous punirait. C'est le réflexe de bouger la tête, qui n'a jamais été construit. Et c'est la lecture des mains adverses, qui n'a jamais été travaillée. Ce n'est pas le courage qui manque : ce sont trois habitudes précises.
S'y ajoutent deux absences : pas de corps-à-corps, pas de combat au sol. Rien de caché là-dedans, ce n'est simplement pas dans le système ; ce qu'est devenu le grappling en Kyokushin raconte pourquoi.
§04 Trois positions que défendent les pratiquants
Ce ne sont pas trois points sur une même ligne, avec un juste milieu raisonnable. Ce sont trois arguments différents, et il est plus utile de les présenter que d'en faire la moyenne.
« Une vraie faiblesse »
Un angle mort créé par le règlement ne se corrige pas à l'entraînement, puisque chaque round de kumite renforce l'habitude. Des pratiquants d'autres disciplines, qui respectent pourtant la façon dont le style met sa technique à l'épreuve, décrivent son combat comme un échange frontal : deux combattants plantés l'un devant l'autre, coup pour coup, avec une défense qui ne résisterait pas à un jab.
« Un compromis assumé »
La règle existe pour que le combat plein contact puisse se pratiquer souvent, et pendant des années, sans que les coups de poing à la tête s'accumulent. Dans cette lecture, la lacune est le prix du volume, et c'est ce volume qui fait fonctionner tout le reste. L'argument se tient. Mais c'est un argument, pas un résultat : personne n'a mesuré si l'échange est gagnant.
« Ça se corrige, et on le corrige »
Le plus frappant : le conseil d'ajouter de la boxe vient aussi souvent des pratiquants de Kyokushin eux-mêmes que de l'extérieur. Des pratiquants de Muay Thai, qui admirent le conditionnement, disent la même chose : apprenez à frapper au visage et à vous en protéger, et le portrait change. Certains dojos proposent des exercices complémentaires. Rien n'est standardisé : c'est une question à poser à un dojo précis, pas une hypothèse à faire sur tout le style.
§05 Comme base pour un autre sport de combat
Les pratiquants passés aux arts martiaux mixtes décrivent le Kyokushin comme une base de frappe à courte distance qui tient la route : habituée au contact, à l'aise pour entrer, solide des jambes. Ils nomment aussi clairement les quatre ajouts nécessaires : les coups au visage, la défense de la tête, la lutte et le sol. La liste est longue. Bon point de départ ou détour ? Tout dépend de l'endroit où vous voulez arriver.
§06 Ce que personne n'a mesuré
Nous n'avons trouvé aucune étude comparant les pratiquants de Kyokushin à d'autres athlètes sur l'un ou l'autre des sens d'« efficace ». Tout ce qui précède vient de l'expérience de pratiquants, dont bon nombre ont quitté le style ou se sont entraînés ailleurs : ce sont les récits les plus utiles. C'est plus solide qu'un argument de vente, moins qu'une preuve, et nous ne prétendrons pas le contraire.
§07 En juger sur le tatami, à l'Île-des-Sœurs
La meilleure façon de savoir ce que le Kyokushin vaut pour vous, c'est encore de le pratiquer. Au dojo de l'Île-des-Sœurs, dans l'arrondissement de Verdun, les adultes débutants sont bienvenus, sans expérience ni forme physique particulière, et un débutant n'y commence pas par un round dur. Vous pouvez aussi demander directement à Sensei Alexandre Haché comment le dojo travaille la garde et la distance.
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Faites-vous votre propre idée
Aucun article ne tranchera la question, pas même celui-ci : le mieux est de vous entraîner un mois et de voir laquelle des trois positions devient la vôtre. Le cours du soir pour adultes se prend en sortant du bureau, puisque le REM relie la Gare Centrale, au centre-ville, à la station Île-des-Sœurs ; et le premier cours ne coûte rien.